L’amour ne vieillit pas...
Viens te mettre à côté de moi sur le banc
devant la maison, femme.
C’est bien ton droit ; il va y avoir quarante ans
qu’on est ensemble...
Ce soir et puisqu’il fait beau,
et c’est aussi le soir de notre vie ;
Tu as bien mérité
vois-tu un petit repos...
Voilà,
les enfants à cette heure sont casés,
ils s’en sont allés de par le monde,
et de nouveau, on est que tous les deux,
comme on a commencé...
Femme tu te souviens ?
On n’avait rien pour commencer,
tout était à faire...
Et on s’y est mis, mais c’est dur.
Il faut du courage, de la persévérance.
Il faut de l’amour, et l’amour n’est pas ce
qu’on croit
quand on commence...
Tu te souviens femme ou quoi ?
Tous ces soucis, tous ces tracas ;
seulement tu étais là...
On est resté fidèles l’un à l’autre.
Et ainsi j’ai pu m’appuyer sur toi
et toi tu t’appuyais sur moi...
C’est pourquoi, mets-toi à côté de moi
et puis regarde.
Car c’est le temps de la récolte
et le temps des engagements...
Quand il fait rose comme ce soir
et une poussière rose monte
partout entre les arbres...
Mets-toi tout contre moi,
on ne parlera pas ;
on n’a plus besoin de rien se dire...
On n’a besoin que d’être ensemble
encore une fois,
et de laisser venir la nuit,
dans le contentement de la tâche accomplie.
Auteur : « Charles-Ferdinand Ramuz »
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