Le conte du petit renardeau
qui gardait tout dans son ventre
Il est difficile de remplir une bouteille déjà pleine. Celui qui garde tout aura du mal à
recevoir…
Il était une fois un petit renardeau qui avait une grande
angoisse tout au fond de son ventre. Je ne sais pas si vous savez que les petits renardeaux sont
non seulement très intelligents, mais
aussi d’une grande sensibilité. Si
une parole les blesse, leur fait de
la peine ou touche chez eux une peur, alors
cette tristesse, cette peur, cette colère se cristallise, devient comme un bloc qui se dépose au
profond de leur ventre.
C’est ainsi que certains petits renardeaux, je vous le dis avec beaucoup d’émotion, gardent tout à l’intérieur.
Savez-vous tout ce qu’on peut trouver dans l’estomac d’un
petit renardeau ? Pas simplement de
la nourriture, des nouilles, des frites, du chocolat, de la viande, du
poisson, des carambars ou des
restes de chewing-gum ! Il y a
aussi des silences, des
humiliations, des injustices, des
colères, des peurs.
Je vous laisse le soin d’imaginer le mélange horrible que
tout cela faisait dans le ventre du petit renardeau dont je veux vous
parler : chocolat et colère, nouilles
et humiliation, frites et
injustices, poissons et peurs….
Aussi vous ne serez pas étonnés si je vous dis que ce petit renardeau faisait
caca dans sa culotte, comme s’il se libérait ainsi, bien malgré lui, de
tout le pas bon qu’il y avait dans le corps.
Oh, ne croyez pas
qu’il faisait ça par plaisir, il
faut beaucoup de courage pour faire caca en plein jour dans son pantalon! D’autant plus qu’il sentait bien qu’il
décevait son papa, et cela le
faisait beaucoup souffrir.
Il voyait bien qu’il inquiétait sa maman, et cela lui donnait le sentiment qu’il
n’était pas bon, qu’il
risquait d’être moins aimé. Si
je vous dis que ce petit renardeau était très courageux, il faut me croire.
D’après vous, qu’est-ce
qu’il pourrait faire pour sortir de cette situation?
Eh bien, plein de choses! Par exemple, il
pourrait déposer dans une boîte des petits cailloux ou des petits objets qui
représenteraient tout ce qu’il garde en lui et qu’il n’a pas réussi à
dire à sa maman jusqu’à maintenant. Il
pourrait dessiner, peindre. Il pourrait faire une marionnette! C’est la marionnette qui dirait pour
lui tout ce qu’il ne peut pas dire.
Il pourrait aussi, mais ça c’est le plus difficile, découper dans un morceau de carton deux
grandes oreilles, les donner à son
papa ou à sa maman et dire tout simplement : « Je voudrais être entendu, seulement entendu, que vous ne me répondiez pas tout de
suite quand je veux parler. Que
vous n’ayez pas la bonne réponse à toutes mes questions, mais que vous entendiez l’interrogation
difficile qu’il y a derrière celles-ci.
Que vous ne sachiez pas à l’avance ce que je dois faire ou pas faire, que vous acceptiez d’entendre, seulement m’entendre. »
Voilà quelques-unes des démarches que pourrait faire le petit
renardeau.
Je vous le disais tout au début.
Il faut beaucoup de courage et de volonté pour tenter de dire l’indicible. Plus encore quand il s’agit d’une
petite renardette, qui n’ose pas dire que certains gestes sur son corps ne sont pas bons pour elle, surtout quand ils sont déposés par un
renard adulte, trop proche.
Je vous le disais, c’est difficile, douloureux, de se taire quand on aurait tant et tant
à dire.
Auteur: «Jacques Salomé »
Extrait de : « Contes à aimer, Contes à s'aimer »
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