Le conte de la petite souris
qui avait très peur d'écraser
les pieds des éléphants...
La répression imaginaire fait certainement plus de dégâts dans l'existence de certains que toutes les violences extérieures qu'ils pourront côtoyer ou rencontrer...
Il était une
fois une petite souris si timide qu’elle s’imaginait que si elle sortait de
son trou, si elle allait en
promenade, elle risquait de
déranger tout le monde et en particulier de faire du mal aux éléphants en
marchant sur leurs pieds.
Quand
elle sortait de chez elle, elle
marchait avec beaucoup de précautions, avançait
avec hésitation, regardait
soigneusement autour d’elle afin de ne déranger personne. Elle craignait tellement de déranger qu’elle
aurait voulu être invisible.
Lorsque
je vous ai dit que cette petite souris était timide, j’aurais dû vous préciser qu’elle
était surtout très égocentrique. Égocentrique
est un mot du langage des souris qui veut dire : centrée sur soi, préoccupée d’elle-même.
Au pays des
souris, c’est un fait
connu, tous les timides sont
souvent des individus qui ont une perception d’eux-mêmes tellement forte qu’ils
ramènent tout à eux. Ils s’imaginent
que dès qu’ils sortent de leur trou, dès
qu’ils sont en public, tous les
autres voient aussitôt qu’ils sont là.
C’est
un paradoxe, les souris timides
pensent que chacun, cessant son
activité, déviant le cours de ses
pensées, se met aussitôt à avoir
une opinion, un point de vue, un commentaire sur elles.
Alors
ces petites souris soi-disant timides se mettent à vivre, à se comporter à partir de tout un
imaginaire, elles échafaudent une
vie de fiction, totalement
irréelle à partir de laquelle, hélas, elles construisent et organisent la
plupart de leur comportement.
« Si
je fais ceci, je risque de faire de la peine. Si je dis cela, je risque de provoquer de la colère. Si je ne dis pas, ils vont penser que, si je ne fais pas, ils vont imaginer que…. »
Elles passent ainsi à côté de leur existence, sans pouvoir se réaliser et aller vers le meilleur d’elles-mêmes, tellement elles s’enferment dans ce qu’elles ont imaginé de l’imaginaire de l’autre. Les petites souris timides se donnent ainsi à l’intérieur d’elles-mêmes une importance très grande, si grande qu’elle envahit tout l’espace autour d’elles..
Auteur: « Jacques Salomé »
Extrait de : « Contes à aimer, contes à s'aimer »
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