Le conte de la petite fille 

qui ne voulait pas grandir trop vite...

 

 

 

 

En se parentalisant,  certains enfants se mettent trop souvent au service des besoins de l’un ou de l’autre des parents.  Ils auront ensuite beaucoup de mal à laisser grandir leurs parents.. tout seuls !

 

 

 

 

Il était une fois une petite fille prénommée Josée qui avait senti très tôt que sa maman,  très dévouée,  très présente,  avait consacré l’essentiel de sa vie à ses enfants.

 

 

En effet cette femme,  depuis qu’elle était séparée de son mari,  ne vivait que pour eux.  En ayant sacrifié sa vie affective,  sexuelle,  sociale pour rester entièrement au service de ses enfants.  En tentant désespérément,  pathétiquement,  de répondre à tous leurs besoins et surtout à tous leurs désirs.

 

 

Josée était une petite fille très courageuse,  qui avait compris très vite que si elle grandissait,  si elle accédait à plus d’autonomie,  sa maman serait perdue,  ne sachant plus quoi faire de sa vie.  Qu’elle serait effrayée d’avoir à se rencontrer enfin, à prendre soin d’elle,  à oser vivre sa vie de femme.

 

 

Tout se passait comme si l’enfant s’était dit,  sans jamais se l’avouer aussi clairement que je l’énonce : «  Si je grandis,  j’enlève à maman sa raison de vivre. Si je quitte la maison,  si je m’engage affectivement avec un garçon,  c’est comme si je mettais maman devant son propre échec à se lier,  à s’engager,  à avoir une vie de femme… »

 

 

Vous allez me dire tout de suite : « Mais non, ce n’est pas ça que sa mère veut pour sa fille.  Sa mère comme toutes les mamans désire que son enfant ne soit pas malheureuse,  qu’elle soit heureuse ! »

 

 

Et vous avez raison, oui, c’est bien tout cela qu’elle veut !  Cette mère ferait tout pour sa fille.  Oui,  tout..

 

 

Mais savons-nous qu’un enfant qui sent peser un désir aussi fort sur lui risque ainsi d’être dépossédé de son propre désir ?

 

 

Savons-nous qu’il est difficile pour un enfant de prendre le risque de vivre pleinement sa vie quand il a comme seul modèle quelqu’un qui a tant de mal à vivre la sienne ?

 

 

Savons-nous que certains enfants prennent sur eux de vouloir réparer les blessures cachées de leurs parents ?

 

 

Il faut que je précise aussi que cette petite fille avait une passion,  elle adorait son piano et passait beaucoup,  beaucoup de temps à prendre soin de lui.

 

 

Elle reportait ainsi sur son instrument toute l’énergie,  tout l’amour qu’elle ne pouvait offrir ailleurs.

 

 

Cela me rappelle ce que disait ma grand-mère : « Combien il est difficile pour certains enfants de laisser grandir leurs parents tout seuls. »

Auteur:    Jacques Salomé

 Extrait de :  «  Contes à aimer, contes à  s'aimer  »

 

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